Les coccinelles asiatiques, Harmonia axyridis

14 novembre 2025

Voilà plus de deux décennies qu’à l’automne, alors que les jours raccourcissent et que les températures baissent, nos façades et châssis de fenêtre se couvrent de points oranges, jaunes, rouges ou noirs. La coccinelle asiatique se lance dans sa désormais traditionnelle migration en quête de site pour passer l’hiver. Et se retrouvent attirées par des falaises claires ou des troncs d’arbres bien exposés au soleil, … et, dans nos paysages bien urbanisés, elles se retrouvent par dizaines, parfois centaines voire millier, sur des façades claires, rentrent par les interstices et châssis mal isolés jusque dans nos greniers, nos salons, nos chambres à coucher. Elle recherche tout ce qui leur promet chaleur, lumière et contact corporel. 

Mais reprenons depuis le début.

Identifier la coccinelle asiatique

Harmonia axyridis, c’est le nom de latin de cette espèce de coccinelle, une espèce qui n’est pas simple à identifier je le reconnais. Vous saviez certainement que le nombre de points d’une coccinelle n’indique pas son âge, mais est plutôt lié à l’espèce à laquelle elle appartient. 2 points noirs sur robe rouge: il s’agit certainement de celle que l’on surnomme la coccinelle à deux points, Adalia bipunctata pour son nom latin. 7 points noirs sur robe rouge, alors c’est Coccinella septempunctata, la coccinelle à sept points. Quatorze points jaunes sur robe orange, c’est la coccinelle à 14 points, Calvia quatuordecimguttata. Mais la coccinelle asiatique, n’est pas surnommée aussi la coccinelle multicolore pour rien. Car elle présente une variabilité de couleurs qui donne des sueurs froides aux entomologistes en herbe. Elle peut-être rouge, orange ou même noire, avec peu ou beaucoup de points. Bref : impossible de se fier à la seule couleur des élytres. En plus c’est une grosse coccinelle qui ressemble par sa taille à la coccinelle la plus commune chez nous, la coccinelle à 7 points. Le meilleur “truc” pour la reconnaître, c’est sa « nuque », que je devrais normalement nommer pronotum. Où se dessine un motif noir en forme de « M » sur fond blanc. Mais bon, même ce signe n’est pas infaillible. D’autant que certains me répondent souvent qu’ils voient plutôt un W. Ce à quoi je suggère de retourner la coccinelle : le W deviendra un M. 

Les origines d’Harmonia axyridis

Comme son surnom l’indique elle vient d’Asie et a été utilisée au siècle passé comme un super prédateur de pucerons. C’est que cette espèce est particulièrement gloutonne et efficae pour les trouver et les manger. Aux USA et en Europe on comprend donc vite l’intérêt économique que représente cette espèce de coccinelles. Ce sont les américains qui la ramène en premier chez eux et la relâchent. Puis les européens font la même choses : ils en ramènent quelques-unes pour les étudier, mais elles s’échappent. 

D’agent de lutte biologique à espèce exotique envahissante

Mais des deux côtés de l’Atlantiques, on se rend vite compte du désastre qui se prépare. Car cette coccinelle s’est rapidement installée dans nos champs, nos bois et même nos villes. En mangeant des pucerons, elle prive nos coccinelles indigènes d’une partie de leur repas. Premier coup dur. Mais en plus, elle n’hésite pas à manger les œufs et les larves de nos espèces locales. 

Photographie : Gilles San Martin

Résultat, en Belgique, comme en France puis dans les pays limitrophes, son expansion est rapide. Et les rapports se multiplient pour documenter la réduction de la biodiversité des coccinelles.  

Mais ses dégats ne s’arrêtent pas là car elle aime consommer des fruits. Si bien qu’on documente vite les premiers cas d’infestation dans les vignobles. Oui, Harmonia axyridis peut devenir un vrai cauchemar au moment des vendanges : quand elle est récoltée avec les grappes, quelques individus suffisent à libérer des méthoxypyrazines, des molécules qui lui servent normalement à se défendre, mais qui marque durablement le gout du vin, un “goût de coccinelle” très difficile à effacer ensuite. 

Au début l’Europe place cette espèce de coccinelle sur sa “liste noire” des espèces qu’il faut éradiquer. Elle est reconnue comme espèce exotique envahissante et on interdit sa mise en vente par les sociétés actives dans le pesticides et biopesticides. Des programme de recherche évalue les solutions pour s’en débarrasser mais … il faut vite accepter l’évidence : on y arrivera pas. En 2008, je réponds à Claudine Brasseur pour le Jardin extraordinaire qu’on ne peut plus rien faire  si ce n’est apprendre à vivre avec, une réponse qui avait suscité des débats et réactions contrastées en plateau, je m’en souviens fort bien. 

La coccinelle asiatique est donc devenue un cas d’école pour illustrer le concept d’espèce exotique envahissante, car elle est passée d’être vivant considéré par l’Homme comme “utile”, à une espèce indésirable. 

Les agrégations hivernales

D’autant plus indésirable, qu’elle s’agrège donc en hiver dans nos maisons, j’y reviens. Parfois discrètement, mais certaines année en nombre très conséquent. C’est que contrairement aux coccinelles indigènes à la Belgique, Harmonia axyridis n’aime pas trop passer l’hiver sous un tas de bois. En Asie elle s’adaptent aux changements de météo en migrant vers des sites plus chaud, et c’est ce qu’elle réplique chez nous. Ainsi, les journées ensoleillée d’automne, elles entament leur recherche d’un endroit où passer l’hiver, attirée par la lumière et la chaleur qui se dégage de certaine façades, surtout si celles-ci se trouve à proximité d’un verger ou d’une haie, où elles se sont nourries pendant tout l’été. 

Lorsqu’elle repère une ouverture dans un châssis, elle compriment leur corps et s’y faufile. Un peu comme le petit poucet déposait des cailloux sur son chemin, elles marquent chimiquement leur passage vers l’intérieur. Une piste odorante qui servira à d’autres coccinelles pour trouver le lieu chaud découvert par l’une des leurs. C’est dans mon laboratoire, que nous avons déchiffré ce langage olfactif. Une fois sur place elle deviennent gênantes : elles tachent les murs et les revers de tentures et libèrent des odeurs désagréables. Elles ne mordent pas véritablement et ne sont pas venimeuses. Le vrai souci, c’est la sécrétion jaune qu’elles libèrent lorsqu’elles se sentent menacées. Certaines personnes sensibles rapportent des réactions cutanées ou respiratoires en cas de contact massif. 

Que faire pour s’en débarrasser?

Si votre maison devient régulièrement un “hôtel à coccinelles” en automne, alors le meilleur traitement, c’est de les empêcher d’entrer. Calez-vous un rappel calendrier : fin d’été, début d’automne, avant que n’aient lieu les premiers vols massifs, vous calfeutrez vos châssis : vous mettez à neuf les joints de vos fenêtres et de portes, les fissures de bardage, les passages de câbles et de tuyaux, les jonctions sous toiture. L’étanchéité est la solution la plus durable. S’il vous plait, pour votre santé, celle de l’environnement, et de votre portefeuille, ne pulvérisez pas d’insecticides sur une façade où vous les voyez se déplacer. Cela est parfaitement inutile. 

Si elles sont déjà à l’intérieur, pas de panique, ne les écrasez pas, elles libéreraient sur vos murs et tentures des tâches jaunes.  Utilisez un aspirateur avec une chaussette nylon dans le tuyau: ça emprisonne les bêtes sans les envoyer dans le sacs, cela limite l’odeur et les taches, et c’est relativement facile ensuite à évacuer. Relâchez-les loin de la maison. 

Et rappelez-vous que ce sont elles qui aujourd’hui débarrassent vos plantes extérieur et vos potagers des parasites. Il s’agit donc d’apprendre à vivre avec cette espèce d’insecte qui, je le rappelle, n’a pas demandé à se retrouver chez nous. 

François

Je suis François, professeur de comportement animal à l’Université de Liège (Belgique) et docteur en entomologie. Passionné par le monde fascinant des animaux, je partage avec vous des découvertes scientifiques sur l’éthologie et la biologie animale.

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