Premières preuves de bipédie chez les homini, notamment chez Sahelanthropus tchadensis

5 janvier 2026

La bipédie ! Marcher debout avant d’être humain : une découverte qui bouscule nos origines

Et si la marche bipède était apparue bien plus tôt que ce que l’on imaginait ? Une étude publiée début 2026 apporte des arguments solides en ce sens, en réexaminant des fossiles attribués à Sahelanthropus tchadensis, une espèce ayant vécu il y a environ sept millions d’années, au tout début de notre lignée évolutive.

Découvert au Tchad au début des années 2000, Sahelanthropus tchadensis est surtout connu du grand public grâce à son crâne presque complet, surnommé « Toumaï ». Depuis sa découverte, une question centrale divise les paléoanthropologues : s’agissait-il réellement d’un homininé, c’est-à-dire d’un membre de notre lignée, ou d’un grand singe africain éteint ? La réponse dépend en grande partie d’un critère clé : la bipédie.


De nouveaux os, de nouvelles méthodes

Dans cette nouvelle étude, des chercheurs de l’Université de New York ont analysé des os longtemps restés en marge du débat : un fémur et deux os de l’avant-bras (des ulnas), découverts sur le même site que le crâne. Grâce à l’imagerie 3D et à des analyses morphologiques fines, ils ont pu comparer ces fossiles à ceux des humains modernes, des grands singes actuels et des premiers homininés fossiles.

Le verdict est nuancé, mais particulièrement éclairant. Par leur forme générale, ces os ressemblent beaucoup à ceux des chimpanzés actuels. En revanche, plusieurs caractéristiques anatomiques très précises pointent clairement vers une adaptation à la marche bipède.


Le détail qui change tout : le fémur

L’élément le plus déterminant est la présence d’un tubercule fémoral, une petite structure osseuse située sur le fémur. Ce relief sert de point d’ancrage au ligament ilio-fémoral, le ligament le plus puissant du corps humain. Chez nous, il joue un rôle essentiel : il stabilise la hanche lorsque nous nous tenons debout et empêche le tronc de basculer vers l’arrière pendant la marche.

Jusqu’à présent, ce tubercule n’avait été identifié que chez les homininés bipèdes. Sa présence chez Sahelanthropusconstitue donc un argument très fort en faveur d’une posture verticale habituelle.

Les chercheurs ont également mis en évidence une torsion particulière du fémur, orientée vers l’avant. Cette torsion permet d’aligner les genoux sous le centre de gravité du corps, une condition indispensable pour marcher efficacement sur deux jambes. Là encore, cette caractéristique se retrouve chez les homininés, mais pas chez les grands singes quadrupèdes.

Enfin, la morphologie de la région fessière indique une organisation musculaire proche de celle observée chez les premiers ancêtres de l’homme, suggérant une hanche déjà adaptée à la locomotion bipède.


Un bipède… mais pas encore humain

Pour autant, Sahelanthropus tchadensis n’était pas un humain miniature. Son cerveau était de taille comparable à celui d’un chimpanzé, et ses bras restaient bien adaptés à la vie arboricole. Les proportions de ses membres racontent d’ailleurs cette histoire intermédiaire : ses fémurs sont relativement longs par rapport à ses avant-bras, davantage que chez les grands singes actuels, mais moins que chez l’homme moderne.

Ces proportions se rapprochent de celles observées chez des homininés plus récents, comme Australopithecus, connus pour combiner marche bipède au sol et déplacements dans les arbres. Tout indique donc que Sahelanthropus marchait debout lorsqu’il était au sol, tout en conservant d’excellentes capacités de grimpe.


Une origine ancienne et progressive de la bipédie

« Ces fossiles apportent la preuve directe que la bipédie est apparue très tôt dans notre lignée », explique Scott Williams, auteur principal de l’étude. Plus surprenant encore, cette bipédie serait apparue chez un ancêtre qui ressemblait, pour bien d’autres aspects, aux chimpanzés et aux bonobos actuels.

Cette découverte repousse l’origine de la marche bipède bien avant l’augmentation du volume cérébral, longtemps considérée comme un moteur majeur de l’évolution humaine. Elle renforce l’idée que la bipédie n’est pas apparue brutalement, mais qu’elle résulte d’un processus progressif, chez des primates encore très proches des grands singes africains.


Pourquoi c’est une découverte majeure

En apportant des preuves anatomiques solides issues des membres inférieurs, cette étude contribue à clore un débat de plus de vingt ans sur la place de Sahelanthropus tchadensis dans notre arbre généalogique. Elle montre que la marche debout n’est pas une conséquence tardive de l’évolution humaine, mais l’un de ses tout premiers chapitres.

Avant même d’avoir un gros cerveau, avant même d’être vraiment « humains », nos ancêtres avaient déjà commencé à se redresser. Et cette simple posture a probablement tout changé.


Source scientifique
Williams, S. et al. (2026). Earliest evidence of hominin bipedalism in Sahelanthropus tchadensis. Science Advances.

François

Je suis François, professeur de comportement animal à l’Université de Liège (Belgique) et docteur en entomologie. Passionné par le monde fascinant des animaux, je partage avec vous des découvertes scientifiques sur l’éthologie et la biologie animale.

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