Vous ne vivez pas seuls ! Sur votre visage vivent en ce moment même des bêtes minuscules que l’on nomme Demodex. Si la plupart du temps ils vous accompagnent nuit et jour sans créer de problème, ils causent parfois de graves maladies. J’ai donc exploré en profondeur la littérature scientifique qui traite des Demodex, et je vous révèle aujourd’hui les découvertes fascinantes que j’y ai faites.
Des acariens microscopiques omniprésents
Les Demodex ne sont pas des insectes, mais de minuscules acariens, un peu comme ceux que l’on retrouve dans nos matelas. Sauf qu’eux préfèrent notre peau à notre lit. Et tous les adultes en ont ! Au point qu’ils figurent dans la liste des parasites les plus fréquents des humains.
Selon une étude récente, en moyenne, plus de 9 adultes sur 10 en hébergent sur leur visage. Mais cette proportion est plus faible chez les jeunes adultes : vers l’âge de 20 ans, on parvient à retrouver des Demodex chez 1 personne sur 2. Par contre, cette proportion augmente rapidement avec l’âge, pour atteindre quasiment 100% de la population chez les seniors. Et ce qui est fascinant, c’est que la plupart d’entre nous vivront toute une vie avec ces acariens sans jamais se douter une seule seconde de leur présence.
Une détection variable selon les méthodes
Ce qui complique l’analyse de ces études, c’est qu’elles ne cherchent pas ces acariens de la même manière. Le pourcentage de personnes touchées dépend de la manière dont on va les traquer. Certains chercheurs se contentent d’un petit coup de raclage rapide sur la joue, et concluent à l’absence de Demodex. À l’inverse, d’autres s’acharnent davantage en réalisant plusieurs prélèvements, avec des techniques plus précises et sur plusieurs zones du visage, et finissent forcément par en trouver. C’est ce qui fait dire au final que sans doute tous les adultes ont des Demodex.
Et les enfants ?
Chez les enfants, c’est une autre histoire. Les nouveau-nés n’en ont pas. Chez les petits de moins de 12 ans, une majorité en sont dépourvus, et quand on en détecte, on reste sur des chiffres très bas. Ce n’est vraiment qu’à l’adolescence que les populations semblent se développer en nombre.
Comment attrape-t-on des Demodex ?
Si les études montrent que les nouveau-nés et les enfants sont pratiquement exempts de Demodex, cela signifie qu’on ne naît pas avec le visage déjà tapissé de ces acariens. Puisque ces derniers survivent très mal en dehors de notre peau, ils ne se baladent pas librement dans l’environnement : ils passent surtout d’un humain à l’autre quand on se touche.
Les premiers acariens arrivent juste après la naissance, suite au contact très rapproché de la peau du nourrisson avec celle des parents et des autres adultes qui lui font des câlins. Sauf qu’au début, la peau des bébés est toute lisse et sèche, car elle ne produit que très peu de sébum. Les Demodex ont donc du mal à trouver refuge et nourriture, et la plupart meurent après avoir posé leurs bagages sur la peau de bébé.
Leur colonisation se fait lentement avec l’âge, favorisée par les contacts, comme les fameuses bises joue contre joue. Puis arrive l’adolescence, période au cours de laquelle les glandes sébacées se mettent à carburer à plein régime, la peau devient plus grasse et les follicules deviennent des refuges de luxe pour les Demodex, fournissant en masse nourriture et abris à ces acariens. Une étude conclut que la transmission se fait principalement par contact direct peau contre peau, mais parfois aussi via des objets qui touchent le visage, comme du maquillage partagé entre plusieurs personnes.
Des acariens spécifiques à chaque espèce
Nous ne sommes pas les seuls à héberger ces petits acariens : on les retrouve chez de nombreux mammifères, comme les chiens, les chats, les vaches ou même les chèvres. Il existe plusieurs espèces de Demodex, et chaque espèce animale héberge en général ses propres Demodex adaptés à son type de peau.
Dans notre peau humaine, on trouve surtout deux espèces : le grand Demodex folliculorum, qui mesure environ 0,4 mm, et le petit Demodex brevis, qui ne fait que 0,2 mm. Vous pouvez héberger les deux espèces en même temps, mais ils font chambre à part sur votre peau.
Ces deux espèces ne se retrouvent pas chez d’autres mammifères. La vache est touchée par Demodex bovis, la souris par Demodex musculi. Chez le chien, c’est Demodex canis, tandis que le chat a Demodex cati et Demodex gatoi. À chaque espèce de mammifère ses Demodex, et les passages inter-espèces sont rares et le plus souvent transitoires, ce qui souligne la co-évolution avec l’hôte. Vous ne vous contaminerez donc pas en touchant votre animal de compagnie, puisque ses Demodex ne se plairont pas sur votre peau.
Un habitat très spécifique : les follicules pileux
Une fois qu’ils ont trouvé un visage, où s’installent exactement ces petits squatters ? Ils vivent presque exclusivement dans les follicules pileux, ces sortes de poches remplies de gras dans chacune desquelles pousse un poil. Toute la peau en contient, à quelques exceptions près, comme les paumes ou la plante des pieds. À côté des follicules se trouve une glande sébacée qui produit du sébum permettant la lubrification du poil. C’est ce sébum dont raffolent les Demodex.
Demodex folliculorum se cale plutôt dans la partie supérieure du follicule, autour du poil, alors que Demodex brevispréfère descendre plus profond dans le follicule et aller au contact des glandes sébacées pour y prélever sa nourriture. En conditions normales, ces acariens restent confinés à ces follicules en faible densité. Mais parfois, ils deviennent si nombreux qu’ils provoquent des maladies potentiellement graves.
Une anatomie parfaitement adaptée
Le corps des Demodex est parfaitement adapté à ce mode de vie. Ce sont des acariens, donc comme les insectes et tous les autres arthropodes, ils ont des pattes articulées en plusieurs points. Contrairement aux insectes, ils en ont huit, et sont donc plus proches des araignées et des scorpions. Leurs pattes sont courtes et leur permettent de bien rester accrochés, de s’enfoncer dans les follicules et même de se déplacer sur la peau à une vitesse d’environ 1 cm/h. Oui, des scientifiques ont vraiment mesuré leur vitesse de marche ! Certains ont même été chronométrés à 1,6 cm/h. Ils se déplacent la nuit, car ils n’aiment pas la lumière.
Leur corps est mince, allongé, et couvert de petites écailles qui leur permettent de se faufiler aisément. Pour se nourrir, l’évolution les a dotés d’une toute petite tête, que l’on nomme le gnathosome, munie d’une bouche en forme de minuscule aiguille, qui leur permet d’aspirer le sébum et les cellules mortes qui s’accumulent dans ces mini-cavernes.
Les huit pattes sont attachées à une deuxième partie de leur corps, le podosome. Enfin, il y a la longue partie terminale que les spécialistes nomment l’opisthosome (ou l’abdomen). Il est strié et muni d’écailles qui lui permettent de ne pas glisser et de rester bien attaché à la peau.
Particularités physiologiques
Les Demodex n’ont pas de poumon, en fait aucun organe respiratoire. Mais puisqu’ils ont tout de même besoin d’oxygène, l’évolution les a dotés d’une respiration cutanée : l’oxygène et le dioxyde de carbone passent à travers la peau.
Longtemps, les spécialistes ont raconté que les Demodex n’avaient pas d’anus. Mais depuis, la microscopie haute résolution a permis d’observer clairement un orifice anal à l’extrémité postérieure. Ils mangent donc, digèrent les graisses du sébum, et les résidus non digérés et les déchets métaboliques sont ensuite évacués par cet anus.
Reproduction et cycle de vie
Il existe des Demodex mâles et des Demodex femelles, avec des organes génitaux fonctionnels. Ils s’accouplent dans les follicules, à l’ouverture du follicule pileux. La femelle dépose ensuite ses œufs à l’intérieur du follicule ou des glandes sébacées. De ces œufs éclosent des larves qui n’ont au début que six pattes, et qui passent par plusieurs stades nymphaux avant de devenir adultes en une à deux semaines à peine.
Quand les Demodex deviennent problématiques
Quand les locataires deviennent si nombreux, les problèmes peuvent commencer. Tant qu’ils ne sont que quelques-uns, on ne les considère pas comme des parasites, mais comme des commensaux, c’est-à-dire qu’ils profitent de nous sans nous causer de mal. Mais certains chercheurs estiment qu’à partir de 5 acariens par centimètre carré de peau, on doit parler de démodécie chez l’humain.
Cela peut concerner le visage bien sûr, mais aussi le cuir chevelu, les oreilles, le torse ou même le dos. Cette maladie se traduit par une peau qui devient rêche, qui présente des rougeurs, des brûlures, et qui occasionne de l’hypersensibilité et de fortes démangeaisons, avec parfois des papules et pustules.
Quand ils colonisent massivement les cils et les paupières, ils sont impliqués dans d’autres maladies chroniques, conduisant à la blépharite, une inflammation chronique des paupières. Démangeaisons, irritation, vision brouillée, sécheresse oculaire peuvent impacter clairement la qualité de vie des patients. D’autant que ces maladies ont aussi un impact réel sur l’image de soi. Pour être clair : une maladie de peau peut favoriser le développement des Demodex, qui par leur nombre, passent d’un statut de compagnons inoffensifs au statut de parasites.
Qui est à risque ?
Globalement, ce sont les personnes chez qui le terrain devient très favorable :
- Les personnes qui ont une peau grasse, très séborrhéique (adolescents en général, mais certains adultes également)
- Les seniors, qui ont des défenses cutanées moins performantes
- Les personnes dont le système immunitaire est affaibli par des maladies ou des traitements immunosuppresseurs
- L’usage prolongé de corticoïdes sur le visage est aussi pointé par les spécialistes
Recommandations préventives
Les spécialistes recommandent de se nettoyer régulièrement la tête et particulièrement le contour des yeux avec des produits doux, d’éviter les cosmétiques gras, et de laver régulièrement le linge de maison à haute température pour limiter la surpopulation des Demodex. Et bien sûr, en cas de suspicion, consultez votre médecin traitant ou un dermatologue.
La démodécie chez les animaux
Il faut admettre que les humains sont beaucoup moins touchés par la démodécie que leurs chiens. Demodex canis fait partie de la faune normale de la peau, mais quand il pullule, il provoque la démodécie canine, une maladie qui va de quelques plaques localisées avec chute de poils sur le museau ou les pattes jusqu’à des formes généralisées touchant tout le corps. Dans les cas sévères, des infections bactériennes profondes peuvent mettre en jeu le pronostic vital. En cas de doute, consultez votre vétérinaire.
Bonjour,
Merci pour cet article.
Même si nous ne savons pas tout de ces animaux, je me pose énormément de questions, que je voulais partager pour que chacun puisse parfaire ses connaissances sur le sujet.
Si on enlève les poils, est-ce que les demodex restent ? Et dans le cas particulier d’une épilation définitive ?
Est-ce que les demodex créé les boutons que l’on peut avoir dans notre vie ou est-ce leur absence qui les créé
?
Ex : les points noirs qui sont des saletés (peaux mortes…) qui sont incrustés dans nos pores. Apparemment nous avons des demodex dans chacun de nos pores.
Alors pourquoi les demodex n’ont-ils pas mangé ces saletés ? Serait-ce parce qu’ils sont absents à cet endroit ? Ou est-ce une autre raison ?
La nature est bien faite à ne pas douter alors je me demande si ces microbiotes cutanées participeraient à nous défendre. Cela pourrait être comme nos défenses immunitaires mais pour la peau, qui agissent de l’extérieur.
Cela me pose d’autres questions, pourquoi leurs déchets nous ferait du tord ? Ne serait-ce pas plutôt un demodex qui aurait trop mangé qui finirait, une fois mort, par nous laisser la bactérie ? Car si leur durée de vie est courte, il doit y avoir plein de cadavre sur notre peau quotidiennement, [ce qui par ailleurs est notre travail d’hygiène à nous de bien nous nettoyer pour enlever les résidus qui restent], nous tomberons tous malade très vite avec la formation des bactéries, n’est-il pas ?
Ou n’est-ce pas systématique qu’il laisse des bactéries en mourrant ?
Il nous aiderait donc en mangeant certains déchets difficiles pour nous de traiter et nous les transforment en déchets facilement traitable pour nous.
Un peu comme l’histoire du foie et du rein. Le foie pré mache le travail du rein pour l’aider à éliminer les déchets.
En suivant toujours cette logique, les demodex croisseraient avec le temps car nos défenses immunitaires internes diminuent avec le temps, ou sont moins fortes tout du moins, et donc pour nous aider contre les agressions extérieurs, les demodex sont là, à manger. Et aussi probablement parce qu’on a plus de cellule morte avec le temps.
Pour ce qui est des maladies de peau, leurs augmentations seraient peut-être pour justement aider et faire face à quelque chose de difficile.
Un peu comme des défenses immunitaires qui augmentent quand il y a des choses difficiles à faire face.
Après il existe des cas où les défenses immunitaires suréagissent, les demodex, en les comparant à ceux là, ne doivent pas faire exception.
Mais dans les cas généraux, s’il y a augmentation c’est qu’il y a une agression extérieure (virus, vent, froid, pollution, produits chimiques… etc).
Bien sûr je n’ai que émis des suppositions et que poser des questions tout en restant dans une certaine logique.
Les compléments et les commentaires sont les bienvenus pour parfaire nos connaissances et corriger mes phrases conditionnelles.
Mais je me dis que s’ils sont là depuis des millénaires et que nous ne nous en sommes rendus compte que récemment, c’est qu’ils doivent nous aider et être plus bénéfique dans l’ensemble.
J’ai oublié une partie de réflexion :
Pour ce qui est des boutons, certains se forment à cause des hormones. Et donc pour sûr, ce ne peut être les demodex qui créent ceux là.
Et certaines hormones (3 me semble t’il) envoient un message (aux glandes sebacées ?) pour activer plus de sebum.
Les demodex, sont-ils plus attirés par les hormones que par le sébum ?
Je suis encore moins douée au sujet des hormones alors à prendre avec précaution ce que j’écris, je me suis basée sur « les hormones se fixent à des récepteurs qui leur sont spécifiques au niveau des cellules cibles et déclenchent ainsi leurs effets biologiques » pour supposer que les hormones qui demande plus de sébum, se fixe aux glandes sebacées.
Je me suis par ailleurs posée une autre question :
Lorsqu’on saigne, est-ce que les demodex vont dans notre sang ?
En ce cas, on peut imaginer que toute l’ingénierie s’en occupe pour le trier et le placer probablement dans les déchets.
Merci d’avance pour les réponses.
Cordialement,