Ÿnsect, la plus grande entreprise d’élevage d’insectes au monde, vient d’être officiellement placée en liquidation judiciaire.
Après avoir levé plus de 600 millions d’euros — dont une part substantielle de fonds publics — la boite française a licencié l’ensemble de ses 360 salariés.
C’est la fin d’une aventure lancée en 2011, portée aux nues par les ministres, soutenue par les grandes banques publiques, et même citée par Robert Downey Jr. à la télévision américaine comme symbole d’innovation durable.
📉 Alors, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?
Trois problèmes structurels reviennent systématiquement :
🔻 Des coûts de production trop élevés — Les protéines d’insectes coûtent 2 à 10 fois plus cher que le soja ou la farine de poisson. Maintenir des élevages à 25-30°C toute l’année dans des installations complexes s’est révélé économiquement intenable.
🔸 Une promesse d’économie circulaire non tenue — Le secteur devait transformer les déchets alimentaires en protéines. En pratique, réglementations et contraintes logistiques ont conduit à utiliser des coproduits céréaliers… déjà employés en alimentation animale.
❌ Un marché qui n’a jamais décollé — L’alimentation humaine reste marginale, l’aquaculture et l’élevage ne peuvent absorber des ingrédients plusieurs fois plus chers, et le petfood premium, plus rentable, est un marché trop étroit pour justifier des méga-usines.
Pourquoi on ne mange toujours pas d’insectes ?
Il y a quelques mois j’ai consacré une vidéo complète sur ma chaîne Science Bestiale 👉 « Pourquoi on ne mange toujours pas d’insectes ? »
Au fond, si nous ne mangeons pas d’insectes en Europe, ce n’est ni une question de valeur nutritive ni de sécurité, mais surtout une question de culture et d’habitudes. Dans nos sociétés, les insectes ne font tout simplement pas partie du paysage alimentaire « normal », contrairement à de nombreuses régions du monde où ils sont considérés comme de véritables mets. Beaucoup d’entre nous associent spontanément les insectes à la saleté, aux nuisibles comme les cafards ou les moustiques, et ce dégoût rejaillit sur toutes les espèces, même celles qui seraient parfaitement adaptées à la consommation. Résultat : la demande reste très faible, la transition vers des produits à base d’insectes avance à pas de fourmi, les supermarchés en proposent peu, et les entreprises pionnières peinent à rentabiliser leurs élevages.
Et vous, que pensez-vous de l’avenir de cette filière ?
Bonjour,
Article et vidéo instructifs mais je pense que ce plaidoyer pour inciter, sinon les Occidentaux, du moins les Français à manger des insectes est inopérant. Cette filières n’a pas d’avenir du moins à court et moyen terme en ce que concerne la nourriture de l’homme occidental et pour les animaux, elle semble devoir surmonter des défis techniques pour être rentable. D’ailleurs Ÿnsect a fait faillite et n’a pas trouvé de repreneur. Des trois sociétés françaises produisant ce type de produit, il n’en restera bientôt plus qu’une puisque Agronutris est en liquidation judiciaire. Le fiasco est quasiment total.
Ce n’est pas parce que nous n’avons pas l’habitude de consommer des insectes que cela nous répugne et qu’il faudrait simplement en changer. Répugnances et rejet de l’entomophagie sont un fait culturel qui montent qu’il s’agit d’un tabou culinaire. C’est parce que ce tabou existe que nous n’avons pas l’habitude de manger des insectes et cela n’est pas près de changer. Ingérer un être répugnant, mais comestible d’un pur point de vue biologique, c’est se rendre répugnant soi-même. Consommer quelque chose de nouveau serait se mettre à l’écart du groupe, ne plus pouvoir partager un repas, remettre en question son identité culturelle, donc son identité tout court. Les seuls cas où les tabous alimentaires peuvent être levés ce sont les situations d’absolue nécessité, bien souvent de survie pure et simple. Nous n’en sommes pas encore là. Les dernières études démographiques montrent une stabilisation de la population humaine plus rapide que prévue et même sa décroissance d’ici la fin du siècle.
La cuisine est aujourd’hui l’un des rares marqueurs qui distinguent à des échelles assez fines les différentes cultures, permettant toutefois des emprunts entre traditions peu éloignées. Ces cultures évoluent mais lentement. Les uns s’en affligeront mais ceux qui veulent conserver leur identité culturelle ou qui regrettent homogénéisation en cours s’en réjouiront.